US Open : de Newport à Flushing Meadows, l’histoire d’un Grand Chelem en mouvement
Aujourd’hui, il suffit de descendre du métro à Flushing Meadows pour entrer dans un univers immédiatement reconnaissable.
Des dizaines de milliers de spectateurs circulent entre les courts. Les avions en approche de La Guardia passent dans le ciel du Queens de New-York. Les matchs se prolongent sous les projecteurs, parfois jusqu’au cœur de la nuit. Au centre du complexe s’élève l’Arthur Ashe Stadium et ses plus de 23 000 places.

Les débuts du tournoi avaient pourtant une tout autre allure.
Le 31 août 1881, 25 hommes se retrouvent sur les pelouses du Newport Casino, dans le Rhode Island. Il n’existe aucune grande tribune : les spectateurs s’installent sur des chaises ou des tabourets autour des courts. Pendant les rencontres, un quatuor à cordes joue de la musique classique.
New York n’est pas encore dans l’histoire du tournoi. Les femmes n’ont pas encore leur championnat. Le tennis professionnel est encore très loin et personne ne parle évidemment d’« US Open ».
Mais l’ancêtre du dernier Grand Chelem de la saison vient de naître.
Depuis, le tournoi américain a changé de ville, de stade, de surface et même de nom. Il a accompagné l’entrée du tennis dans l’ère professionnelle, expérimenté de nouvelles règles, accueilli quelques-unes des grandes transformations sociales du sport et vu se succéder plusieurs générations de champions.
De Newport à Forest Hills puis Flushing Meadows, l’histoire de l’US Open est avant tout celle d’un tournoi en mouvement.
L’US Open en bref
Première édition masculine : 1881
Première édition féminine : 1887
Premier US Open de l’ère Open : 1968
Lieu actuel : Flushing Meadows, Queens, New York
Complexe : USTA Billie Jean King National Tennis Center
Court principal : Arthur Ashe Stadium
Surface actuelle : dur extérieur
Simple : 128 hommes et 128 femmes
Record masculin de titres : Richard Sears, William Larned et Bill Tilden — 7
Record féminin : Molla Bjurstedt Mallory — 8
Record masculin de l’ère Open : Jimmy Connors, Pete Sampras et Roger Federer — 5
Record féminin de l’ère Open : Chris Evert et Serena Williams — 6
Avant l’US Open, une histoire de règles… et de balles de tennis
L’histoire commence en réalité un an avant Newport.
En septembre 1880, Eugenius Harvey Outerbridge organise à Staten Island un tournoi réunissant 23 joueurs. Le lawn-tennis est encore un sport extrêmement jeune aux États-Unis et ses règles ne sont pas totalement harmonisées.
Très vite, des désaccords apparaissent.
Quelle balle doit-on utiliser ? À quelle hauteur installer le filet ? Quelles règles doivent réellement s’appliquer lorsque deux clubs se rencontrent ?
La controverse pourrait sembler anecdotique. Elle va pourtant contribuer à structurer le tennis américain.

Outerbridge entreprend de réunir les différents clubs afin d’établir un règlement commun. En 1881 est créée une association nationale — l’ancêtre de l’actuelle USTA — chargée notamment d’unifier les règles et le matériel.
Parmi ses premières décisions figure l’organisation d’un championnat national officiel.
Le lieu choisi est le Newport Casino, dans le Rhode Island.
Voilà donc l’un des paradoxes délicieux de l’histoire de l’US Open : l’un des plus grands tournois actuels trouve en partie son origine dans une querelle sur les balles et la hauteur d’un filet.
1881 : Richard Sears ouvre le palmarès à Newport
Le premier championnat débute le 31 août 1881.

Richard Sears, étudiant à Harvard âgé de 19 ans, remporte le tournoi sans perdre un set.
Ce premier succès ne sera pas isolé.
Sears gagne les sept premières éditions, de 1881 à 1887, et possède encore aujourd’hui le record masculin de sept titres, partagé avec William Larned et Bill Tilden.
À cette époque, le décor est encore celui du tennis mondain de la fin du XIXe siècle. Newport est une station estivale très fréquentée par les familles aisées de la côte Est et le Casino constitue autant un lieu social qu’un complexe sportif.
Pendant 34 ans, le championnat masculin reste associé à ses pelouses.
Mais cette première histoire est exclusivement masculine.
Pour qu’un championnat féminin existe, il faudra que les joueuses prennent elles-mêmes les choses en main.
1887 : quand les femmes créent leur propre championnat
Six ans après les hommes, plusieurs joueuses de Philadelphie considèrent qu’elles doivent elles aussi disposer d’un véritable championnat national.
Ellen Hansell, Bertha Townsend, Margaret Ballard et Louise Allderdice font partie de ce groupe de pionnières.
Problème : l’association nationale refuse initialement de reconnaître leur compétition. Ses statuts n’ont tout simplement pas été pensés pour inclure les femmes.
Le Philadelphia Cricket Club décide malgré tout d’organiser l’épreuve.
Dix joueuses y participent en 1887.
À seulement 17 ans, Ellen Hansell domine Laura Knight 6-1, 6-0 et devient la première championne nationale américaine.
Les histoires masculine et féminine du futur US Open commencent donc dans deux villes différentes, Newport et Philadelphie, avec six années d’écart.
Elles mettront près d’un demi-siècle à véritablement se rejoindre.
1915 : New York entre enfin dans l’histoire
Au début du XXe siècle, le championnat masculin a grandi.
Newport devient progressivement trop petit pour accueillir l’événement et, après l’édition 1914, le tournoi quitte le Rhode Island.
Direction Forest Hills, dans le Queens.
À partir de 1915, le prestigieux West Side Tennis Club devient le nouveau foyer du championnat masculin.
Le rapprochement entre le tournoi et New York commence ici — 34 ans après sa création.
Forest Hills va progressivement devenir indissociable du tennis américain.
Mais l’histoire n’est toujours pas parfaitement linéaire.
1917 : l’année où le championnat change de nom
Les guerres mondiales n’interrompent pas le tournoi américain de la manière dont on pourrait l’imaginer.
En 1917, après l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, l’association nationale décide que les recettes de ses grandes compétitions serviront à soutenir l’effort de guerre et la Croix-Rouge américaine.
Les championnats nationaux ne distribuent donc pas leurs récompenses habituelles et prennent exceptionnellement le nom de National Patriotic Tournaments.
Des compétitions sont organisées notamment à Forest Hills, Philadelphie et Boston.
Le tennis continue.
Mais pendant une saison, le championnat américain officiel existe sous une identité différente, reflet direct du contexte historique qui l’entoure.
1921 : Suzanne Lenglen, Molla Mallory… et un tirage au sort qui va tout changer
L’un des épisodes les plus étonnants de l’histoire du tournoi se déroule en 1921.
À cette époque, Suzanne Lenglen est déjà une immense vedette internationale. Son jeu, sa personnalité et son style ont transformé l’image du tennis féminin européen.

Son arrivée annoncée aux États-Unis provoque une véritable effervescence.
Pour l’accueillir dans les meilleures conditions, les organisateurs prennent une décision spectaculaire : le championnat féminin quitte Philadelphie pour Forest Hills, tandis que les hommes font le trajet inverse et disputent leur championnat au Germantown Cricket Club de Philadelphie.
À New York, tous espèrent une finale entre Lenglen et la grande championne américaine Molla Bjurstedt Mallory.

Il y a cependant un problème.
Les tableaux ne disposent pas encore de têtes de série.
Le tirage est entièrement aveugle.
Résultat : les deux grandes favorites se retrouvent… au deuxième tour.
Mallory remporte le premier set 6-2. Lenglen, arrivée aux États-Unis après avoir souffert d’une bronchite, abandonne deux points après le début de la deuxième manche.
L’épisode déclenche immédiatement le débat.
Lors d’une réunion ultérieure de l’association nationale, le problème posé par ce tirage est discuté. Dès 1922, les tournois doivent mettre en place un système de têtes de série.
Ironie parfaite : Molla Mallory devient alors la première tête de série n°1 du championnat féminin… et remporte le tournoi.
Le duel Lenglen–Mallory n’a donc pas, à lui seul, « inventé » les têtes de série.
Mais il a directement contribué à leur adoption dans le tennis américain.
1924-1935 : les deux histoires finissent enfin par se rejoindre
Forest Hills poursuit sa transformation.
Le West Side Tennis Club fait construire un véritable stade permanent en forme de fer à cheval, pouvant accueillir environ 13 000 spectateurs.
En 1924, le championnat masculin revient à New York.
Pour la première fois, Forest Hills accueille la même année les championnats nationaux masculins et féminins, même s’ils sont encore organisés séparément à quelques jours d’intervalle.


Puis arrive 1935.
Cette fois, les deux compétitions sont véritablement réunies au sein d’un même tournoi.
Hommes et femmes ne seront plus séparés.
Plus d’un demi-siècle après la première édition masculine de Newport, l’architecture du tournoi moderne commence enfin à apparaître.
1950-1958 : Althea Gibson fait tomber une autre barrière
L’histoire du tournoi américain ne peut pas être racontée uniquement à travers les évolutions

de ses courts et de son règlement.
En 1950, Althea Gibson devient la première joueuse noire à participer aux U.S. National Championships.
Elle a 23 ans.
Sept ans plus tard, en 1957, elle devient la première joueuse noire à remporter le tournoi, quelques semaines après être devenue également la première à gagner Wimbledon.
Elle conserve ses deux titres en 1958 avant de quitter le tennis amateur.
Son histoire appartient pleinement à celle de Forest Hills et précède de plus d’une décennie celle d’un autre champion dont le nom deviendra indissociable du tournoi : Arthur Ashe.
1968 : les U.S. Championships deviennent véritablement « Open »
Pendant des décennies, les grands championnats internationaux restent réservés aux joueurs amateurs.
Les professionnels, même parmi les meilleurs joueurs de la planète, en sont exclus.
En 1968, cette séparation tombe.
Les professionnels peuvent désormais affronter les amateurs dans les grands tournois.
Les anciens U.S. National Championships deviennent le US Open.
La première édition de cette nouvelle époque se déroule toujours à Forest Hills.
Chez les femmes, Virginia Wade bat Billie Jean King en finale.
Chez les hommes, Arthur Ashe domine Tom Okker après cinq sets.
Mais le premier champion masculin de l’US Open se trouve alors dans une situation complètement paradoxale.
Ashe est encore amateur.
Il ne peut donc pas toucher les 14 000 dollars de premier prix.
La somme revient à son adversaire, Tom Okker.
Arthur Ashe, lui, reçoit seulement une indemnité de 20 dollars par jour pendant quatorze jours.
280 dollars au total.
Il repart de Forest Hills avec le trophée du premier US Open… et un chèque cinquante fois inférieur à celui du finaliste.
Quelques décennies plus tard, le plus grand stade du tournoi portera son nom.

Un tournoi qui expérimente
À partir de l’ère Open, plusieurs transformations importantes vont apparaître à New York.
Elles ne rendent évidemment pas ce Grand Chelem « supérieur » aux autres, dont chacun possède sa propre histoire et ses propres traditions.
Elles racontent simplement une caractéristique particulièrement visible de l’identité américaine du tournoi : une propension à expérimenter de nouvelles façons d’organiser et de présenter le tennis.
1970 : le tie-break entre en Grand Chelem
Aujourd’hui, imaginer un tennis sans tie-break paraît presque étrange.
En 1970, pourtant, le concept demeure expérimental.
L’US Open devient cette année-là le premier des quatre tournois du Grand Chelem à utiliser un tie-break dans son tableau principal.
Et sa première version est assez brutale.
Le système fonctionne sur neuf points. À 4-4, un seul point peut décider du set.
Le format est surnommé Sudden Death.
Les spectateurs apprécient largement l’idée mais plusieurs joueurs sont beaucoup moins enthousiastes face à la possibilité de voir un set basculer sur un point unique.
Le tournoi finit par abandonner cette version et adopte en 1975 un tie-break dans lequel il faut créer un écart de deux points.
Le tie-break moderne commence à prendre forme.
1973 : même tournoi, même victoire, même prime
Trois ans plus tard, le changement ne concerne plus les règles du jeu mais la répartition de l’argent.

En 1972, Billie Jean King remporte le simple féminin et reçoit 10 000 dollars.
Ilie Năstase, champion masculin, en touche 25 000.
King conteste ouvertement cette différence et évoque la possibilité d’un boycott féminin.
En 1973, grâce notamment à son action et au soutien financier apporté par un sponsor, les dotations masculines et féminines sont alignées.
Margaret Court et John Newcombe reçoivent chacun 25 000 dollars.
L’US Open devient ainsi le premier des quatre tournois du Grand Chelem à instaurer l’égalité des primes entre hommes et femmes.
Cinquante ans plus tard, en 2023, lorsque Coco Gauff reçoit son trophée des mains de Billie Jean King, elle la remercie publiquement pour ce combat.
L’histoire rejoint alors directement le présent.
1975 : la nuit entre dans le décor
Deux ans après l’égalité des primes, nouvelle transformation.
En 1975, des matchs sont disputés sous les projecteurs à Forest Hills.
C’est la première apparition du tennis nocturne dans un tournoi du Grand Chelem.
Les fameuses night sessions de Flushing Meadows n’existent pas encore sous leur forme actuelle, mais quelque chose vient de naître.
Avec le temps, jouer à New York après le coucher du soleil va devenir l’une des caractéristiques les plus reconnaissables de l’US Open.
Et dès cette première année, la nuit offre un scénario extraordinaire.
Manuel Orantes : cinq balles de match sauvées avant le titre
Demi-finale de l’US Open 1975.
Manuel Orantes est mené deux sets à un par Guillermo Vilas.
Dans la quatrième manche, le score atteint 5-0 pour Vilas.
Orantes semble fini.
Il sauve pourtant cinq balles de match, remporte sept jeux consécutifs et arrache la manche 7-5.
Après 3 h 44 de combat, il gagne finalement :
4-6, 1-6, 6-2, 7-5, 6-4.
Il est 22 h 28.
Moins de dix-huit heures plus tard, Orantes doit revenir sur le court pour affronter Jimmy Connors en finale.
Il s’impose en trois sets et remporte le plus grand titre de sa carrière.
Impossible de trouver meilleure illustration des nouvelles possibilités offertes par le tennis de nuit.
Gazon, terre battue, dur : trois surfaces pour une même histoire
L’année 1975 marque une autre rupture.
Depuis 1881, le championnat américain s’est toujours joué sur gazon.
Forest Hills décide alors d’installer du Har-Tru, une terre battue verte typiquement américaine.
L’expérience dure seulement trois éditions :
1975, 1976 et 1977.
Puis en 1978, avec le déménagement à Flushing Meadows, le tournoi adopte le dur.
Il reste aujourd’hui le seul des quatre Grands Chelems à avoir connu, au cours de son histoire, trois grandes familles de surfaces différentes.
Et un homme est parvenu à gagner sur chacune d’elles.
Jimmy Connors : un record impossible à reproduire dans les conditions actuelles
Jimmy Connors remporte cinq fois le tournoi.
Mais la répartition de ses titres raconte mieux encore l’évolution de l’US Open :
1974 : gazon
1976 : terre battue verte
1978 : dur
1982 : dur
1983 : dur
Il reste le seul joueur, homme ou femme, à avoir remporté le simple américain sur trois surfaces différentes.
Ce record n’est pas seulement une prouesse sportive.
C’est presque une photographie de l’histoire du tournoi à travers la carrière d’un seul joueur.
1978 : Flushing Meadows ouvre une nouvelle époque
Forest Hills possède son charme, son histoire et son élégance.
Mais le tennis est devenu trop populaire pour son enceinte.
Les tribunes sont devenues insuffisantes, les espaces trop étroits et l’événement doit pouvoir accueillir un public beaucoup plus important.
En 1978, l’US Open quitte donc le West Side Tennis Club.
Il ne déménage pourtant pas très loin.
Toujours dans le Queens, il rejoint Flushing Meadows-Corona Park.
La transformation est profonde.
Le tournoi abandonne l’environnement compact d’un club historique pour un vaste complexe entièrement consacré à son développement.
La surface devient dure.
La première édition à Flushing Meadows attire déjà plus de 275 000 spectateurs.
Et le nouveau court central possède lui aussi une histoire inattendue.
Pourquoi le stade s’appelle-t-il Louis Armstrong ?
Lorsque l’USTA cherche un nouveau site dans les années 1970, elle s’intéresse à un bâtiment hérité de l’Exposition universelle de New York de 1964-1965.
Son nom :
le Singer Bowl.
L’enceinte n’a pas été conçue pour le tennis.
Jimi Hendrix, The Doors ou encore The Who s’y sont produits et le boxeur Floyd Patterson y a combattu.
Le bâtiment est transformé en stade de tennis et devient en 1978 le court principal du nouvel US Open.
Il est rebaptisé Louis Armstrong Stadium, en hommage au célèbre trompettiste de jazz qui a longtemps vécu dans le Queens et y résidait encore au moment de sa mort.
Pendant près de vingt ans, Armstrong sera le cœur du tournoi.
Jusqu’à ce que l’US Open change une nouvelle fois d’échelle.
Arthur Ashe Stadium : quand un champion devient le nom du stade
Le 25 août 1997, l’US Open inaugure son nouveau court principal.
Plus de 23 000 spectateurs peuvent y prendre place.
Le stade porte le nom d’Arthur Ashe, premier champion masculin de l’US Open en 1968 mais aussi figure majeure de l’histoire sociale du sport.
Inauguration Arthur Ashe Stadium1997 Plaque Inauguration du stade Arthur Ashe 1997 Photo by Russell Adams-USTA
Ashe, disparu quatre ans plus tôt, avait consacré une grande partie de sa vie à des causes dépassant largement le tennis, notamment les droits civiques, l’éducation et la lutte contre le sida.
Le choix de son nom donne donc au stade une dimension qui va bien au-delà de son palmarès.
Et le premier match joué dans cette gigantesque enceinte ?
Ni Agassi.
Ni Sampras.
Ni Graf.
C’est la Thaïlandaise Tamarine Tanasugarn qui inscrit son nom dans l’histoire en battant Chanda Rubin 6-4, 6-0.
La même journée voit une jeune joueuse de 17 ans faire ses débuts à l’US Open : Venus Williams.
Elle atteindra la finale.
2016 : un toit… qui ne repose pas sur le stade
Pendant longtemps, l’une des limites de l’Arthur Ashe Stadium reste la météo new-yorkaise.
La pluie provoque régulièrement des interruptions considérables.
Construire un toit paraît pourtant extrêmement compliqué : le stade existant n’a pas été conçu pour supporter un tel poids et le terrain de Flushing Meadows repose sur un sol délicat.
La solution retenue est spectaculaire.
Une structure indépendante, constituée de plus de 6 500 tonnes d’acier, est construite autour du stade. Elle porte elle-même le toit rétractable.
Les deux panneaux mobiles peuvent se fermer en moins de sept minutes.
Le toit devient opérationnel pour l’édition 2016.
Une nouvelle étape dans l’évolution permanente du site.
Billie Jean King, Arthur Ashe, Louis Armstrong : trois noms, trois histoires
Depuis 2006, le complexe dans lequel se déroule l’US Open porte officiellement le nom de :
USTA Billie Jean King National Tennis Center.
Le changement rend hommage à une championne dont l’influence sur le tennis féminin et sur l’égalité dans le sport dépasse très largement ses quatre titres américains.
Au sein de ce complexe :
le court principal honore Arthur Ashe ;
le deuxième grand stade porte le nom de Louis Armstrong ;
l’ensemble du site porte celui de Billie Jean King.
Trois noms venus d’univers différents, mais qui racontent à leur manière une partie de l’identité culturelle du tournoi et de New York.
Les champions qui ont marqué l’histoire de l’US Open
Près d’un siècle et demi de compétition produit forcément des comparaisons difficiles.
Les règles, les formats, les surfaces et même les conditions d’accès au tournoi ont radicalement évolué.
Il est donc plus intéressant de considérer les records comme des repères historiques que comme un moyen de classer les générations.
Joueur / joueuse | Repère à l’US Open |
Molla Bjurstedt Mallory | 8 titres, record absolu du simple |
Richard Sears | 7 titres consécutifs de 1881 à 1887 |
William Larned | 7 titres |
Bill Tilden | 7 titres |
Helen Wills | 7 titres |
Chris Evert | 6 titres, record féminin de l’ère Open partagé |
Serena Williams | 6 titres, record féminin de l’ère Open partagé |
Jimmy Connors | 5 titres sur trois surfaces différentes |
Pete Sampras | 5 titres |
Roger Federer | 5 titres consécutifs de 2004 à 2008 |
Novak Djokovic | 4 titres et 10 finales |
John McEnroe | 4 titres |
Rafael Nadal | 4 titres |
Molla Mallory : le record que le temps n’a toujours pas effacé
Son nom est aujourd’hui beaucoup moins connu du grand public que ceux de Serena Williams, Chris Evert ou Steffi Graf.
Pourtant, Molla Bjurstedt Mallory demeure la joueuse la plus titrée de toute l’histoire du simple américain.
La Norvégienne devenue citoyenne américaine remporte huit éditions entre 1915 et 1926.
Son dernier titre arrive à 42 ans.
Plus d’un siècle après son premier sacre, personne — homme ou femme — n’a dépassé ses huit titres.
Federer : cinq années sans partage

À l’époque moderne, Roger Federer réalise une série que personne n’avait accomplie durant l’ère Open.
De 2004 à 2008, il remporte cinq US Open consécutifs.
Cinq saisons.
Cinq titres.
Il rejoint ainsi Connors et Sampras au record masculin de cinq trophées dans l’ère Open, mais il est le seul de ces trois joueurs à les avoir obtenus consécutivement.
Connors et Serena : les records de victoires
Les titres ne racontent pas tout.
Chez les hommes, Jimmy Connors a remporté 98 matchs en simple à l’US Open.

Chez les femmes, Serena Williams en compte 108.
Ce sont les deux records du tournoi.
Autre chiffre remarquable : Novak Djokovic a disputé 10 finales masculines, soit autant que Bill Tilden près d’un siècle plus tôt.
Les femmes ne sont pas un chapitre annexe de l’histoire du tournoi
L’histoire féminine de l’US Open pourrait presque constituer un article à elle seule.
Elle commence avec des joueuses obligées d’organiser elles-mêmes leur championnat en 1887.
Elle passe par les huit titres de Molla Mallory, l’arrivée de Suzanne Lenglen à Forest Hills, Helen Wills et ses sept couronnes, puis Althea Gibson, première joueuse noire à participer au championnat en 1950 et première à le gagner en 1957.
Elle traverse ensuite les combats de Billie Jean King et l’égalité des primes de 1973.
Elle se poursuit avec les six titres de Chris Evert, les quatre de Martina Navratilova, les cinq de Steffi Graf puis l’ère des sœurs Williams.
Serena gagnera six fois le simple à New York et deviendra la joueuse comptant le plus grand nombre de victoires en simple dans l’histoire du tournoi.
Puis viennent de nouvelles générations.
Naomi Osaka.
Bianca Andreescu.
Emma Raducanu.
Iga Świątek.
Aryna Sabalenka.
Et, en 2023, une Américaine de 19 ans dont l’histoire avec l’US Open avait commencé bien avant son premier trophée.
Coco Gauff : des larmes de 2019 au trophée de 2023
En 2019, Coco Gauff n’a que 15 ans lorsqu’elle joue pour la première fois sur l’Arthur Ashe Stadium.
Face à Naomi Osaka, championne en titre, elle perd en deux sets et quitte le court en larmes.
Osaka l’invite alors à rester pour participer avec elle à l’interview d’après-match.
Quatre ans passent.
En 2023, Gauff retrouve le même stade.
Cette fois pour la finale.
Elle perd le premier set face à Aryna Sabalenka avant de renverser la rencontre :
2-6, 6-3, 6-2.
À 19 ans, elle devient la première adolescente américaine à gagner l’US Open depuis Serena Williams en 1999.
Et lorsque Billie Jean King lui remet le trophée, Gauff prend le temps de la remercier pour le combat mené cinquante ans plus tôt en faveur de l’égalité des primes.
Difficile d’imaginer symbole plus fort de la continuité entre les différentes générations du tournoi.

Les matchs qui deviennent des morceaux d’histoire
Un tournoi aussi ancien ne peut évidemment pas être résumé à quelques rencontres.
Mais certains matchs ont fini par dépasser leur simple résultat.
1991 : Jimmy Connors refuse de vieillir
Jimmy Connors arrive à l’US Open 1991 dans une situation improbable.
Il a 39 ans.
Il est classé 174e mondial.
Il n’est dans le tableau que grâce à une wild card.
Au premier tour, Patrick McEnroe mène deux sets à zéro et 3-0 dans le troisième.
Connors revient.
Il gagne en cinq sets à plus d’une heure du matin.
Quelques jours plus tard, le jour de son 39e anniversaire, il affronte Aaron Krickstein.
Encore un match en cinq manches.
Encore un retour improbable : Krickstein mène 5-2 dans le cinquième set.
Connors gagne finalement au tie-break.
Le public de Louis Armstrong accompagne chaque point comme s’il s’agissait d’une finale.
Connors atteindra finalement les demi-finales.

Des années plus tard, lorsqu’on lui demandera quel fut son meilleur souvenir à l’US Open, il ne choisira aucun de ses cinq titres.
Il répondra simplement :
1991.
2015 : Roberta Vinci et le Grand Chelem qui n’aura pas lieu
Serena Williams arrive à New York en 2015 après avoir remporté :
l’Open d’Australie ;
Roland-Garros ;
Wimbledon.
Deux victoires seulement la séparent du Grand Chelem calendaire.
En demi-finale, elle affronte Roberta Vinci.
L’Italienne a 32 ans, est classée 43e mondiale et dispute la première demi-finale de Grand Chelem de sa carrière.
Serena gagne facilement le premier set.
Puis tout bascule.
Vinci s’impose :
2-6, 6-4, 6-4.
Le lendemain, elle perd la finale face à Flavia Pennetta.
Mais son nom demeure associé à l’un des retournements de situation les plus célèbres de l’histoire récente du tournoi.
2021 : Emma Raducanu part des qualifications… et ne perd aucun set
Certaines histoires paraissent impossibles jusqu’à ce qu’elles arrivent.
Emma Raducanu a 18 ans lorsqu’elle entre dans les qualifications de l’US Open 2021.
Pour gagner le tournoi, elle devra donc remporter trois matchs supplémentaires avant même d’intégrer le tableau principal.
Elle gagne les trois.
Puis sept autres.
Dix matchs au total.
Plus extraordinaire encore :
elle ne perd aucun set.
20 manches disputées.
20 gagnées.
En finale, elle bat Leylah Fernandez 6-4, 6-3 et devient la première joueuse ou le premier joueur issu des qualifications à remporter un titre du Grand Chelem en simple.
Un scénario toujours unique aujourd’hui.
Pourquoi l’US Open semble-t-il si new-yorkais ?
L’expression peut paraître curieuse pour un tournoi né… dans le Rhode Island.
Mais plus d’un siècle après son arrivée à Forest Hills, l’US Open a développé un lien très particulier avec New York.
Ce lien ne tient pas uniquement au nom inscrit sur les billets.
Flushing Meadows se situe au cœur du Queens, l’un des quartiers les plus multiculturels du monde.

Le métro permet d’arriver presque directement devant le complexe.
L’Unisphere, vestige monumental de l’Exposition universelle de 1964-1965, apparaît à quelques centaines de mètres.
Les avions qui approchent de l’aéroport de LaGuardia traversent régulièrement le ciel au-dessus des courts.
Le tournoi assume également une ambiance sonore généralement plus présente que celle d’autres grands rendez-vous : conversations dans les tribunes, mouvements du public, musique, séances nocturnes et immense enceinte d’Arthur Ashe.
Ce n’est ni mieux ni moins bien.
C’est simplement une autre manière de vivre un Grand Chelem, façonnée progressivement par son environnement.
Wimbledon raconte une autre histoire.
Roland-Garros une autre.
L’Open d’Australie également.
À New York, le tournoi a fini par absorber une partie du rythme de la ville qui l’accueille.
US Open 2026 : ce qu’il faut savoir
L’histoire continue évidemment de s’écrire.
L’édition 2026 se déroule du 23 août au 13 septembre au USTA Billie Jean King National Tennis Center.
Cette période comprend toutefois plusieurs phases.
Fan Week
23 au 29 août 2026
Une semaine permettant notamment d’assister aux qualifications, aux entraînements des joueurs et à différents événements organisés dans le complexe.
Début des tableaux principaux de simple
Dimanche 30 août 2026
Comme en 2025, les tableaux principaux s’étendent sur 15 jours.
Finales
Le tournoi s’achève le dimanche 13 septembre 2026.
Au total, l’organisation annonce 22 jours de tennis et d’animations entre le lancement de la Fan Week et la dernière finale.
Les qualifications
Les qualifications réunissent :
128 hommes et 128 femmes.
Dans chaque tableau, 16 joueurs ou joueuses décrochent une place dans le tableau principal.
C’est aussi l’une des périodes les plus intéressantes pour découvrir les joueurs qui pourraient émerger quelques jours plus tard.
L’histoire d’Emma Raducanu en 2021 suffit à rappeler que les qualifications ne sont pas seulement un prélude au tournoi.
Le double mixte poursuit sa transformation
Après le changement de formule introduit en 2025, le championnat de double mixte conserve en 2026 sa place pendant la Fan Week.
Une nouveauté apparaît toutefois : des qualifications.
Huit équipes disputent le lundi 24 août un tableau qualificatif permettant à deux paires d’intégrer le tableau principal de 16 équipes.
Les premiers tours se jouent le 25 août, puis les demi-finales et la finale le 26 août.

Les champions en titre
L’édition 2025 a consacré :
Carlos Alcaraz chez les hommes ;
Aryna Sabalenka chez les femmes.
Sabalenka a ainsi réussi à conserver le titre remporté en 2024, tandis qu’Alcaraz a ajouté un nouveau trophée new-yorkais à son palmarès.
Leurs successeurs — ou leur capacité à conserver leur couronne — constitueront l’un des fils rouges de l’édition 2026.
De quelques chaises à plus de 23 000 spectateurs
Revenir à 1881 permet de mesurer l’échelle du chemin parcouru.
25 joueurs.
Quelques courts en gazon.
Des spectateurs assis sur des tabourets et des chaises.
Un quatuor jouant de la musique classique.
Puis Newport a laissé place à Forest Hills.
Forest Hills à Flushing Meadows.
Le gazon à la terre battue verte puis au dur.
Les amateurs ont partagé le tableau avec les professionnels.
Le tie-break est apparu.
Les matchs ont continué après la tombée de la nuit.
Les primes masculines et féminines ont été égalisées.
Le Singer Bowl est devenu Louis Armstrong Stadium.
Arthur Ashe a donné son nom au plus grand court.
Billie Jean King au complexe tout entier.
Et chaque génération a ajouté ses propres images : Mallory, Tilden, Wills, Gibson, Ashe, King, Evert, Connors, McEnroe, Sampras, Graf, Agassi, les sœurs Williams, Federer, Nadal, Djokovic, Gauff et tant d’autres.
L’US Open actuel serait méconnaissable pour Richard Sears ou Ellen Hansell.
Mais derrière les écrans géants, les projecteurs et les dizaines de milliers de spectateurs subsiste quelque chose qui relie encore Newport à Flushing Meadows :
un championnat qui n’a jamais cessé de se transformer avec son sport.
Et peut-être est-ce là la meilleure manière de comprendre son histoire.
Non pas comme celle d’un tournoi resté immobile pendant près de 150 ans.
Mais comme celle d’un tournoi qui, époque après époque, a changé de visage sans perdre le fil de son passé.

Questions fréquentes sur l’US Open
Depuis quand l’US Open existe-t-il ?
L’histoire du tournoi remonte à 1881, avec les premiers championnats nationaux américains masculins organisés à Newport.
Le nom « US Open » apparaît en 1968, avec l’ouverture du tournoi aux professionnels.
Où se joue l’US Open ?
Depuis 1978, l’US Open se déroule à Flushing Meadows, dans le Queens à New York, au USTA Billie Jean King National Tennis Center.
Sur quelle surface se joue l’US Open ?
L’US Open se joue aujourd’hui sur dur extérieur. Au cours de son histoire, il a également été disputé sur gazon puis, entre 1975 et 1977, sur terre battue verte.
Qui détient le record de titres à l’US Open ?
Avant l’ère Open, le record féminin appartient à Molla Bjurstedt Mallory avec 8 titres. Chez les hommes, Richard Sears, William Larned et Bill Tilden détiennent le record avec 7 titres chacun.
Depuis le début de l’ère Open en 1968, les records sont détenus par Chris Evert et Serena Williams chez les femmes, avec 6 titres, et par Jimmy Connors, Pete Sampras et Roger Federer chez les hommes, avec 5 titres.
Roger Federer possède par ailleurs une particularité : ses cinq titres ont été remportés consécutivement, de 2004 à 2008.
Pourquoi le stade principal s’appelle-t-il Arthur Ashe Stadium ?Le stade rend hommage à Arthur Ashe, vainqueur du premier US Open de l’ère Open en 1968 et figure majeure de l’histoire sociale du tennis américain.
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